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Le Lausannois dirigeait la société familiale qui porte son nom lorsqu'il a décidé de tout plaquer au profit de sa passion pour la photographie, et d'une recherche spirituelle. Portrait d'un amateur-voyageur-mécène
Jean-Marc Payot, de l'édition et des librairies à la quête mystique de la lumière
Lorsqu'il vous dédicace l'un de ses livres, non l'un des innombrables qu'il a édités, mais l'un de ses propres ouvrages, Jean-Marc Payot cite un sage hindou: «A chaque instant, nous mourons. A chaque instant, nous renaissons.» Oui, la vie n'est qu'une succession d'ombre et de lumière, comme en témoigne la vie de ce Lausannois de 60 ans, qui a un jour décidé de laisser tomber les affaires pour voir un plus clair en lui-même.
La voie était pourtant toute tracée. Jean-Marc Payot s'inscrit en quatrième position dans une dynastie d'éditeurs de lointaine ascendance huguenote. Les librairies qui portent son nom font partie du paysage urbain suisse. Vingt ans durant, Jean-Marc Payot développe l'entreprise familiale. Comme il a eu tôt le goût du voyage, et celui de la photographie, il infléchit parfois le cours de l'entreprise pour créer une collection dédiée aux écrivains voyageurs, ou éditer des livres de photos, comme ceux dédiés aux Boissonnas, une autre dynastie, ou aux reportages de Luc Chessex et de Simone Oppliger.
Au mitan des années 80, Jean-Marc Payot vend sa société à l'éditeur lausannois Lamunière. Il en a assez, supporte mal le stress de sa vie professionnelle, l'envie le démange de partir au loin. Vingt ans plus tôt, alors qu'il sortait de ses études de droit, le jeune homme a fait une expérience inattendue! Il accompagne en 1966 le cinéaste Henry Brandt en Inde pour le tournage d'un film commandé par l'OMS, Voyage chez les vivants. Assistant du réalisateur, Jean-Marc Payot a un choc lorsqu'il découvre la ferveur religieuse hindoue lors d'un pèlerinage gigantesque au confluent du Gange et de la Yamunâ. L'exaltation mystique des pèlerins le déconcerte, autant que s'impriment dans sa mémoire le rituel des brahmanes qui récitent leurs mantras ou le spectacle des ascètes hallucinés qui dansent nuitamment autour du feu.
Dès 1986, désormais à l'abri du besoin, Jean-Marc Payot multiplie les périples en Asie, qui l'attire plus que toute autre région du globe. Du Sri Lanka au Japon, de l'Iran au Pakistan, encore et toujours en Inde, il a partout son petit Leica à portée d'œil. Appliqué, discipliné, méthodique, le Lausannois a suivi des stages de photographie aux Rencontres d'Arles, et écouté plutôt deux fois qu'une les conseils d'un Luc Chessex, d'une Monique Jacot. Il n'est pas un grand photographe, juste un amateur de bon niveau, qui maîtrise à la perfection sa technique, et signe des documents sobres, en noir et blanc bien sûr.
La lumière qu'il traque dans les lieux saints, dans les fêtes religieuses, dans les cérémonies collectives n'impressionne pas que sa pellicule. Jean-Marc Payot mène sa propre quête mystique. A l'hindouisme, jugé «trop compliqué», il a préféré le bouddhisme, «essentiellement fraternel», et s'en accommode à merveille, surtout en regard des religions traditionnelles, qui, dit-il , « ne savent plus comment s'adresser aux gens ».
Le photographe-voyageur a publié deux livres, l'un chez Payot Lausanne en 1998, Ferveur hindoue, et l'autre récemment chez Olizane, En Orient. Une galerie lausannoise présente actuellement de grands tirages de ses photographies méditatives. Il va bientôt repartir en Extrême-Orient. Modeste, Jean-Marc Payot tait son rôle de mécène de la photographie romande, l'aide financière généreuse qu'il accorde à l'Association Focale, dont il est membre depuis une dizaine d'années. Il soutient aussi de jeunes photographes, les pousse à réaliser leurs projets personnels, à l'instar du livre de Bertrand Rey, Birmanie, une foi au quotidien.
Luc Debraine
Le Temps, 28.01.2004 |
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